Non, les « café vie privée » ne sont ni paternalistes ni exclusifs

Après 4 jours en immersion totale dans le festival numérique « Pas Sage En Seine » pour les intimes PSES, je voulais faire un retour en vrac de ce que j’ai vécu, mais la dernière conférence de ce festival m’a fait changer d’avis.

La dernière conférence était une présentation du HackerSpace féministe et engagé « LE RESET », qui fut en passant très instructive et super intéressante, et je vous recommande d’aller voir la vidéo de la conférence

Toutefois, lors de cette présentation, et notamment sur les enjeux et les raisons de la création de ce Hackerspace voici ce qui a été dit sur les « Café vie privée » et les CryptoParty :

« Du coup moi je vais vous parler de quelque chose qui vient après l’appréhension, en fait après qu’on a commencé à s’intéresser au milieu Geek, il se trouve qu’il y a une très forte inadéquation entre les besoins notamment des femmes, mais aussi des personnes Queer et d’autres personnes minorisées, et les solutions qui sont proposées dans les milieux Geek.
Je pense notamment aux CryptoParty et aux « café vie privée », je crois qu’il y en eu qui ont été organisé à PSES cette année et les années précédentes également.
Et en fait, très souvent le modèle qui est utilisé pour les cryptoparty et les « café vie privée » c’est un modèle ou on a des ateliers qui comptent vous servir à chiffrer vos mails utiliser OTR etc..
Mais du coup on présente des ateliers qui vont répondre à un modèle de menace mais on définit pas ce modèle de menaces ensemble, on le définit en amont pour présenter des ateliers, et du coup s’il y a des personnes qui viennent dont le modèle de menaces ne nécessite pas du tout de chiffrer leurs mails, ben du coup ça ne répond pas trop trop à leurs besoins.
et du coup présupposé des besoins des usagers avant même d’en avoir discuté avec eux, ben c’est quelque chose qui s’approche du paternalisme…
[Flottement]
… Du coup c’est hyper important d’écouter les personnes concernées et de les inclure dans la réflexion avant de faire tous les ateliers qu’on fait, et de les inclure non seulement dans l’atelier mais de les inclure en amont, de les inclure avant même de décider de faire un atelier pour savoir si ces personnes elles pensent que c’est effectivement important qu’il y est un atelier sur le sujet ou pas, de les inclure dans l’organisation de l’atelier de les inclure qu’en tant qu’intervenante de l’atelier et évidement de les inclure dans le public… »

Je ne vais pas vous mentir, entendre ces paroles m’ont pas laissé indifférent.
J’ai rejoint le collectif des “café vie privée” (CVP) depuis presque 4 ans maintenant, et depuis un peu plus de 2 ans, je me suis beaucoup plus investi dans l’organisation et l’animation des CVP
Par exemple, je suis l’organisateur des CryptoParty de PSES2017.
Entendre dire que les CVP sont exclusif et paternaliste alors que c’est totalement le contraire, j’avoue que je m’attendais pas à ça.

En même pas deux minutes, un discrédit a été jeté sur nos actions, car les personnes qui ne connaissent pas le principe des CVP et qui entendent ce qui a était dit dans la conférence, penserons que dans nos évènements, il n’y a que des ateliers de chiffrement de mail, d’OTR, et des trucs super compliqué à mettre en place etc….
Ou elles penseront que nous organisons l’événement sous un trait un peu trop paternaliste, et donc refuseront de venir, ayant une idée préconçue de nos actions.

Quand les CryptoParty se sont ouvertes au grand public en 2013, c’est vrai que les ateliers étaient programmés en amont (Je ne suis pas sur, corrigez moi si je raconte des conneries), mais c’était nouveau, et il fallait trouver le moyen d’animer ces événements.
c’est vrai que les ateliers étaient fixés sans forcément se soucier du modèle de menace. Il y avait par exemple, des ateliers TrueCrypt, OTR, GPG, Keepass etc.
Mais je ne pense pas que l’idée était d’être exclusif ou paternaliste, car rien qu’en regardant la liste des animateurs de cette époque (Okhin, Herdir, Skhaen, Axel…) loin vient l’idée de dire qu’ils sont exclusifs et paternalistes.

Mais depuis 3 ans, ce n’est plus le cas, nous ne faisons plus systématiquement d’atelier, sauf s’il y a des demandes spécifiques en ce sens, notamment dans les bibliothèques.

En résumé depuis plus de 3 ans, les « café vie privée » se déroulent comme suite :

– Au début nous faisons un gros topo général « ouvert » sur la surveillance, la captation des données et les dangers sur la vie privée. C’est plus un débat horizontal où tout le monde peut intervenir, qu’une conférence verticale.

– Ensuite, nous distribuons des post-it ou des bouts de papier pour que chaque personne note ce qu’elle veut aborder lors de la deuxième partie du CVP.
Si nous n’avons pas de post-it ou de bout de papier, alors les demandes se font oralement (même si ce n’est pas l’idéal)
Nous regroupons alors les demandes par thème ; Hygiène numérique, chiffrement, téléphonie mobile, etc..

– Par la suite nous essayons de créer des sous-groupes sur deux critères ; le premier critère est le nombre d’animateur présent, et le deuxième sur les thèmes choisis par les participants

– Nous affectons enfin chaque animateur à un sous-groupe selon ses choix et ses connaissances techniques ou pas.
Nous avons l’avantage de nous connaître depuis des années, et nous connaissons de ce fait les préférences des animateurs ainsi que les aptitudes techniques et théoriques spécifique à chacun.

Donc nous voyons dans cette organisation, que seul le public décide des sous-groupes, les animateurs et les animatrices s’adaptent à leurs demandes.

Il arrive, dans des rares cas, où la demande n’est pas dans les compétences des animateurs, dans ce cas nous orientons la personne vers une association/personne qui pourra répondre plus précisément à ses besoins.

A PSES nous avons effectivement programmé des ateliers, car l’année précédente les cryptoParty sous le format ouvert n’ont pas vraiment fonctionnées.

Nous avons également fait sortir les CVP hors des murs de la capitale, pour des évènements en banlieue, là où le métro n’arrive pas.
Personnellement, je me suis battu pendant plusieurs mois contre les représentants de la ville de Trappes, pour organiser un CVP sur place, car à leurs yeux, la population de la ville ne serait pas intéressée par ce type d’événement. Tout un cliché.

Donc dire que les « café vie privée » sont paternaliste et exclusif ce n’est pas vraiment le cas, en plus je n’ai pas le souvenir d’avoir croiser aucun·e des intervenant·es·s ces dernières années lors des CVP. Ce qui m’a été confirmé par la suite après une discussion par un des intervenant.

Donc pourquoi ces accusations ? iles auraient pu se faire un avis bien plus précis en venant à un CVP, et ne pas se référer à des souvenirs d’il y a 4 ans.

Je ne dis pas que les CVP sont parfaits, loin de moi cette idée, nous avons nos défauts comme tout le monde, nous commettons des erreurs, des imperfections, des maladresses, mais nous essayons à chaque fois de faire le nécessaire pour y remédier.
Comme le fait que la majorité des animateurs soit des hommes, et ça c’est un fait et un vrai problème auquel nous sommes confrontés.
Pourtant dans la liste de diffusion des CVP il y a plusieurs femmes, mais très peu veulent prendre le rôle d’animatrice, et ce n’est pas les encouragements qui manquent.
Je ne dis pas qu’il y a pas d’animatrices dans les CVP (Coucou Pony), mais elles restent minoritaire.

Donc, voilà, je voulais juste corriger la petite injustice qu’à subit le collectif des « café vie privée », et ce billet est en aucun cas un réquisitoire.

Je tiens à préciser que la partie de la vidéo mentionnée plus haut ne dure pas plus de 1m40s sur les 47min de la conférence, et il serait dommageable de s’arrêter sur ce passage pour ce faire une idée du « RESET », et c’est pour cette raison que je vous encourage à aller voir la vidéo en entier.

Les endroits comme le RESET sont essentiels aujourd’hui, car il permet aux femmes et Queer de se réapproprier la parole trop longtemps confisquée par un modèle social patriarcal, sans jugement ou moqueries.
Et les CryptoBar organisés dans ce HakerSpace leur permettent de parler de leur modèle de menace plus facilement que dans les “Café vie privée” classique, et de mettre en oeuvre des stratégies numériques sans une remise en question de leurs capacités techniques.

Comme le disait l’un des intervenants lors de la conférence, Le RESET est un endroit où il peut se poser, souffler et se ressourcer sans moqueries ou jugement sur son physique, son genre, son orientation sexuelle ou son accoutrement.

J’ai beaucoup appris au côté de militant·e·s libristes, féministe et LGBT+, et je continue à apprendre mais surtout à écouter et comprendre.

Donc bonne continuation au RESET et à ses membres, je viendrai vous voir si vous voulez en discuter.

Zenzla

À propos de Zenzla

Je suis un passionné des logiciels libres, et tous ce qui tourne autour!! j'essaie de plus en plus de me débarrasser de l'oppression des Big Brothers du net. Je suis aussi Formateur en base de donnée, Gnu/Linux et bien autre chose.

2 réflexions sur “ Non, les « café vie privée » ne sont ni paternalistes ni exclusifs ”

  • 6 juillet, 2017 à 14 h 12 min
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    Vu ton investissement ds les CVP ces dernières années, je comprends que ça ne doit pas être évident d’entendre ce genre de propos. En tt cas , belle réponse de ta part même le mieux serait d’argumenter directement avec les intéressés mais je suppose que ça n’était pas possible en direct 😊

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  • 6 juillet, 2017 à 10 h 41 min
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    Rien à redire, très beau témoignage et partage de ton avis. MERCI.

    Réponse

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